lundi 31 mai 2010

Jupiter, une mise en orbite qui tombe à l’eau

En première partie de French Horn Rebellion au Point Ephemère, le duo mixte et franco-anglais Jupiter avait pourtant plus que leur nom pour nous faire voir les étoiles… L’écoute de leur electro-funk nous assure un joyeux plongeon dans les eighties et leur monde de synthés psychédéliques, tout simplement jouissif. Mais le 18 mai, dans le grand bain de la scène, les étoiles que nous avions dans la tête se noient une à une.

Installés l’un en face de l’autre devant un sound système mirobolant, les binômes montrent le plus souvent leur profil au public, un placement favorisant peu l’échange avec ce dernier. Et ce ne sont pas les quelques mots timides qui nous sont adressés par la chanteuse qui réchauffent l’ambiance : c’est d’ailleurs à se demander si nous parler ne la bassine pas… Voguant dans des salles comme le nouveau casino, la Flèche d’Or et l’Elysée Montmartre depuis plus d’un an et demi, on aurait espéré que le malaise du débutant aurait disparu. Pour Jupiter, c’était apparemment demander la lune.
Cette tiédeur aurait pu être pardonnée si, au moins ils avaient arboré un look faisant honneur au fun de leurs compos, mais que néni ! C’est malheureusement le style coincé bourgeois qu’ils ont choisi, comme si on en n’avait pas déjà eu assez avec John et Jehn.

Au bout d’une dizaine de minutes, au lieu d’être projetés dans la funky voie lactée, nous voici donc réduits à patauger dans un pédiluve sans vagues, attendant le groupe suivant, espérant qu’il ne nous déçoive pas autant. En bref, Jupiter acculé par son manque de présence n’a, aujourd’hui, clairement pas acquis la maturité suffisante pour faire du live. Souhaitons leur de grandir vite pour briller juste.

MySpace : www.myspace.com/wearejupiter

mardi 27 avril 2010

Le Sentier des Halles a trouvé le chemin du rock

Mardi dernier, c’est à guichet fermé que les groupes Redlight, Opium Baby et Junolips ont fait brailler la guitare au Sentier des Halles de Paris, cela devant un public visiblement ravi de prendre du gros rock en pleine tête…

La chauffe, c’est Redlight, le groupe marseillais, qui s’y colle, logique thermique finalement… Mais pour eux, peu importe l’endroit, ça bouillonne et ça se voit. C’est en flot tendu que Londres, le chanteur, déverse un chant courtisant un phrasé hip hop alternatif, le corps totalement aspiré par lui même, où seul le poing vient s’agiter autour d’un front tourmenté.
Pourtant, cette énergie concentrique provoque des effets secondaires. A trop regarder dans la même direction, les instruments finissent par se confondre. Quant à la voix, au timbre ténébreux que l’on imagine idéal pour du métal, ainsi posée sur ce rock électro testostéroné, elle ne fait que confirmer le ton sur ton général. L’effet bloc parvient tout de même à se diluer dès que la voix du batteur se fait entendre. Une contribution qu’il serait peut-être bon de revoir à la hausse… !

Opium Baby reprend le flambeau sans jamais l’affaiblir, exhibant illico une communion évidente entre les membres du groupe. Sans crier gare, Alan, au chant, nous sert des envolées radioheadesques planant sur des variations rythmiques bien senties et sur des mélodies recherchées seyant assurément au live. David, à la basse, nous clame quelques lyrics au mégaphone, un bonus plutôt sympa. On regrettera seulement que certaines originalités des compositions aient été poussées à dépasser le rang d’anecdote : traînant alors en longueur, plutôt que de faire durer le plaisir, elles y perdent en éclat… Et quand Thom York glisse vers Scorpion, ça peut faire mal !… Mais au final, on adore leur rock dance floor attisé par un Alan métamorphosé en David Guetta du rock : l’assemblée est conquise.

Le bouquet final est donc assuré par Junolips et au nombre de spectateurs ayant quitté prématurément les lieux, la mission n’était pas gagnée d’avance… Mais c’était ignorer la puissance fédératrice du groupe emmenée, au chant, par une boule de nerfs ne demandant qu’à exploser, j’ai nommé Nicolas Donarier. Un regard rageur animant un visage angélique, un corps parcouru par une électricité punk, ajoutez à cela une adresse naturelle et chaleureuse au public, que le style plaise ou pas, l’adhésion à la prestation live est tout simplement inévitable. Et puis, il n’y a pas à dire, lorsqu’il est bien écrit et déclamé avec la bonne énergie, le rock en français, ça marche aussi et ça fait du bien d’en voir la preuve.

En somme, même si l’ensemble de la soirée manquait peut-être un peu d’étincelles, chacun y est allé de son riff corrosif et de sa ligne de basse ardente, tapissant le tout de braises électro. Ce soir là, aucun doute, le Sentier des Halles a bel et bien pris feu.

lundi 5 avril 2010

Nosfell, l'expérience

Le soir du 27 mars, dans le cadre du festival Chorus, le Magic Mirror – scène éphémère installée sur le parvis de la Défense – accueillait les têtes d’affiche Nosfell et Izia précédées du groupe The bewitched Hands on the Top of our Heads. Si, si. Et si chacun d’eux nous a bien envoyé des décharges de rock, avec une patte et une ambiance propre, pas de doute, Nosfell pose la griffe bien plus haut…

Pierre Le Bourgeois au violoncelle et à la basse, et Orkhan Murat à la batterie sont venus assister le joyeux drille Nosfell pour près d'une heure d'un set pour le moins inhabituel...
D'abord, sans crier gare c'est l'hyper puissance de la grosse caisse qui vient nous percuter pour ensuite s'emparer de notre être tout entier. Puis le jeu enchanteur du violoncelle surgit pour nous tourmenter quand le coup de grâce nous est donné par Nosfell en personne. Ou plutôt tout en personnages…
Au fil de la représentation Nosfell joue effectivement de sa voix pour la panacher d'identités fortes, faisant alors dans la dissonance harmonieuse. Cette voix si douce, voire fragile, se mue en profondément sombre et écorchée pour bondir, ensuite, vers un hyper aiguë sautillant, laissant lui-même place à un grave agressif quasi métal qui, enfin, se renverse en divine diva. C’est indéniable, Nosfell nous livre là une performance vocale à la fois intime et éclatante de contrastes.
Mais la polyvalence de ce troubadour de l’expérimental ne se limite pas aux fluctuations de sa voix. En une heure de temps, il aura gratté les cordes de trois guitares différentes : les basiques sèche et électrique mais aussi la très folklo cigar box ! Le mélange des instruments, et notamment l’association peu commune du violoncelle à la guitare électrique et à la batterie, rend, sur scène, un son classique et rock pour le moins déstabilisant et carrément envoûtant. Quant à la rythmique, elle est orchestrée d’abord par une batterie dont les frappes syncopées tournent au tribal, mais également par un human beat claquant et grondant, enregistré en direct par Nosfell puis samplé, parfois enrichi et toujours entêtant.

Ce soir là, Nosfell et ses acolytes nous ont offert un voyage musical qui semblait aller au-delà des frontières terrestres mais qui, en réalité, nous a ramené au plus profond de nous-même, nous réconciliant alors avec un instinct purement réjouissant…
Expérimental, brut et sophistiqué à la fois, mais surtout inqualifiable, un live de Nosfell est tout simplement une expérience qu’il faut se donner la chance d’apprécier.
En bref : osez !

www.myspace.com/nosfell
www.nosfell.com

dimanche 28 mars 2010

French Pop Mission Internationale accomplie !

Lundi dernier, la scène de l’International se la jouait French Pop Mission ! You Call It a Name, Natas Loves You et BigMoneyMakers partageaient une affiche résolument rock. Avec plus ou moins 45 minutes de jeu chacun, ils ont eu le temps de nous délivrer un son décalé, jamais ordinaire…

Chacun armé d’un médiator, les trois chevelus barbus de You Call It a Name démarrent à froid. Si l’énergie dégagée par les deux guitares n’y est pas pour rien, c’est surtout la voix sombre et chaude du chanteur qui dicte l’ambiance. L’absence de batterie à laquelle on aura préféré un sound system, savamment disposé sur les restes d’un mannequin en cire, donnera pourtant une tonalité métallique à l’ensemble. C’est en réalité le créneau de You call It a Name : leur electro-rock s’amuse à manier les contrastes au gré des rythmes : chaud, froid, les deux à la fois, on ne sait plus trop mais on accepte de se laisser porter par le courant. Le chant obscure et languide surfe sur des riffs de guitares survoltés, les frôlant et s’y unissant pourtant si impeccablement. Ainsi chaque morceau se teinte singulièrement d’entrain comme de mélancolie, offrant alors un cachet bien particulier à leur assemblée, devenue remuante et médusée à la fois.
On regrettera simplement que les post-ado geek stylés aient été trop statiques, jouant un peu trop pour eux-même, sans presque jamais interagir, et partageant donc peu avec un public qui en aurait apprécié davantage.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Natas Loves You nous téléporte dans une toute autre dimension. C’est encore le timbre de voix qui frappe, mais cette fois il est carrément céleste. Le groupe au total look dandy nous sert effectivement une pop psychédélique à laquelle il intègre des tonalités rock puissantes. Le mélange des genres est d’une efficacité redoutable d’autant que visuellement, chaque membre du groupe semble habité par les morceaux qu’il interprète, le chanteur allant jusqu’à se la jouer sensuel avec son micro. Et malgré une mise en scène parfois un peu surjouée, cela fonctionne, la salle désormais bondée se laisse volontiers convertir, comme hypnotisée, par ces musiciens au charisme mystique. Mais si l’on est autant charmé, c’est aussi grâce à une exécution carrée, hyper timée, de chacun des titres. Si tant est que ses membres se dérident, rien qu’un peu, pour communiquer davantage avec son auditoire, il est certain que Natas Loves You possède un réel potentiel de « groupe à minettes », le talent avec.

C’est avec BigMoneyMakers que le triptyque de la soirée s’achève. Sans nous ménager, la batterie claque et les guitares convulsent. Commence alors un set qui ne cessera d’être festif, emmené par un band very sympathique, et cela, même la moue boudeuse adoptée par le chanteur ne nous l’enlèvera pas ! Le groupe joue sans relâche des titres aux mélodies percutantes qui traîneront encore dans la tête le lendemain du show. Au fil des morceaux, les corps s’échauffent pour enfin trépider façon punk : avec les pieds qui démangent et le bras de micro qui valse. A la fin, c’est toute la scène qui semble avoir la bougeotte et on ne peut être qu’impressionné par la rythmique explosive d’un duo basse batterie solide et maîtrisé. Seul petit bémol, un guitariste si obnubilé par la technique de son jeu qu’il en oublie simplement de vivre le moment. Mais soyons sans crainte, il ne nous aura pas empêché de vivre le nôtre !

De 21h à minuit la French Pop Mission aura donc réussi à rassembler la foule devant de jeunes groupes qui auront balancé trois sauces aux goûts extrêmement différents mais toujours épicées rock ! Et même si les prestations manquaient parfois de maturité, nul doute que ces styles relevés viendront piquer de plus en plus d’oreilles…

www.myspace.com/youcallitaname
www.myspace.com/nataslovesyou
www.myspace.com/bigmoneymakersrock

vendredi 19 février 2010

Skip the Use passe l'entrée

Hier soir, Skip The Use est venu tanner la Maroquinerie de Paris devant un public prenant joyeusement de bonnes couleurs. Le petit groupe de rock lillois qui monte, qui monte a effectivement renoué, quelques dix ans plus tard, avec une des scènes qu'il avait fréquentée dans sa punk jeunesse. Il était heureux de la retrouver et l'a bien montré.

C'est après 40 minutes d'une première partie orchestrée par Ladylike Dragon, que la fine équipe de Skip the Use prend place. Et ce n'est pas peu dire. Pas d'intro, on rentre sans façon dans le vif du sujet et c'est tant mieux.
Voici donc les cinq garçons, portés à bout de bras tatoués par l'énergie d'un seul : Matt, le chanteur. En bon hyperactif, survitaminé de surcroît, celui-ci envahit l'espace de ses sauts, spasmes et cabrioles, auxquels le tee-shirt ne survivra qu'un morceau et demi. Toute cette agitation ne déstabilise pourtant pas une voix qui reste forte et claire, surfant parfois sur un style à la Damon Albarn - saupoudré d'accents nigga - dont ils ne cachent d'ailleurs pas l'influence, en reprenant Song 2 des Blur, au beau milieu du set, juste pour le fun.
Entre petits bains de foule et bisous transpirants aux chanceux du premier rang, Matt, ce petit rigolo nerveux nous clame son ska-punk festif au moins aussi remuant que lui, le tout en anglais et accompagné de ses fidèles compagnons qui, en comparaison (forcée) paraissent bien calmes malgré les lancés de dreads locks du bassiste.
On pourrait d'ailleurs se demander si une telle démonstration scénique ne nous ferait pas oublier la musique elle-même ! Mais non, c'est simplement qu'on est bien, là, à pomper tout ce carburant facilement assimilable par l'organisme. L'ensemble roule comme sur un skateboard et puis c'est tout.

En revanche après une heure de concert (et non, pas plus) on réalise que les morceaux se dégagent finalement mal les uns des autres... Au moins on ne pourra pas leur reprocher de ne pas avoir une griffe bien à eux, et une griffe qui file une claque !
En tous cas, en continuant sur cette voie, qu'ils nous rechargent à bloc ou bien qu'il nous exténuent, Skip the Use n'a plus que quelques portes à enfoncer avant de casser la baraque.


jeudi 10 décembre 2009

Casser du sucre sur Brokencandys ? Impossible !

Samedi 05 décembre, le tremplin Sounds Good a pris de l'avance et nous a offert notre premier cadeau de Noël: programmer le groupe electro/trip-hop Brokencandys au Cithéa Nova de Paris.
Cinq garçons, dont deux à la guitare, un à la basse, un à la batterie et un dernier aux platines ont, sans emphase, enflammé la scène d'un bar ultra-bondé. Mêlant des rythmes forts à des riffs de guitare éthérés, leur musique accomplit la prouesse de faire voyager un public vers de douces contrées, sans qu'il ne cesse de bouger ! En fin de prestation, l'électro de Brokencandys flirtant dangereusement avec des sons rocks, emmenait avec elle une assemblée totalement emballée. Étonnamment, c'est seulement la seconde fois que le groupe monte sur scène et c'est pourtant avec un grand naturel que chacun des membres occupe l'espace et communique avec le reste de la salle.
Après avoir fait une apparition sonore dans la matinale de Canal Plus, Brokencandys s'attaque pour de bon à la scène. Quelques autres dates pour gagner en maturité, quelques titres en plus pour être en mesure de faire des rappels et il n'est pas impossible que des gens comme Air, Wax Tailor ou autre Massive Attack aient du souci à se faire !










Album : Kitch is Fashion (03/2009)
MySpace : http://www.myspace.com/brokencandys

lundi 2 novembre 2009

District 9

De nos jours, en Afrique du Sud, l’agent Wikus van der Merwe en bon fonctionnaire obéissant de la MNU, société militaire privée, est missionné pour déloger les « non humain » du District 9. C’est dans l’urgence que ce camp de réfugiés, un peu particuliers, fut créé et confié à la MNU, 28 ans auparavant, pour accueillir ceux dont le vaisseau avait échoué entre deux airs de notre ciel. Les portes de celui-ci, cédant aux multiples assauts militaires, renfermaient en effet toute une population d'extraterrestres sous-nutris, à l'article de la mort. On découvrit, également à bord, un véritable arsenal qu'eux seuls pouvaient faire fonctionner ; une énigme génétique qui a toujours animé la convoitise de la MNU et de certains groupuscules dissidents sud-africains.
Mais la cohabitation inter-espèce est de plus en plus conflictuelle et la guerre civile n'est pas loin d'éclater. Pour éviter le pire, le gouvernement et la MNU organisent une évacuation "en règle" du District 9, vers un camp isolé et plus militarisé. Mais lors de sa mission, l'agent van der Merwe se retrouve par accident, au contact d'une subtance extra-terrestre. Après deux ou trois spasmes, il se pense sorti d'affaire mais le soulagement laisse vite place à l'effroi : ses gènes sont en pleine mutation. Le voici donc devenu l'être le plus intéressant du monde aux yeux de la MNU et des rebelles, l'enfer peut commencer...

Immerger le spectateur, dès le départ, dans un monde censé être le sien, à coup de vrais faux reportages-télé efficaces, aurait pu être une bonne idée. Cependant, mis devant le fait accompli par un développement voulu non assommant et qui s'avère au final trop brutal, celui-ci ne fait que subir cette datation originale. Toute la phase d'introduction en devient alors peu crédible et dessert l'empathie pourtant recherchée. Pas d'inquiétude, le cerveau, faisant bien ce qu'il veut, s'arrange de cette contrainte et pose l'action dans un temps inconnu qui lui permet d'apprécier la suite du film... Durant lequel, d'ailleurs, on sera forcé de noter que les aliens, aux allures de gambas désaffectées, ont été finement étudiés. Le choix de leur esthétique est si judicieux, que c'est étonnamment par ce biais-ci que se joue le réalisme des scènes.
Malgré un scénario plutôt faible, animé de fausses complications comme de véritables facilités, le spectateur est constamment tenu en haleine, au moyen d'une mise en scène rebondissante et colorée, et grâce à l'excellente performance de Sharlto Copley. L'acteur principal fait effectivement évoluer son personnage de façon imperceptible alors qu'il passe du blanc au noir :
l'employé heureux, voire niais, du début se métamorphose en animal acculé par la crainte, élaborant des réactions dont on l'aurait cru incapable, et cela, en toute cohérence.
En bref, voici un bon film de science-fiction dont la qualité divertissante est indéniable mais qui aura malheureusement dû bâcler sa fin pour convenir aux codes, pourtant éculés, des films d'action américains à gros budgets.

DISTRICT 9
Sortie le 16 septembre 2009
Réalisé par Neill Blomkamp
Avec Sharlto Copley, David James (II), Jason Cope
Long-métrage américain, néo-zélandais.
Genre : Science fiction
Durée : 1h50 min